Ce que dit l'article 490
L'article 490 du Code pénal marocain punit d'un mois à un an de prison toute personne de sexe différent qui, sans être unie par le mariage, entretient des relations sexuelles avec une autre. Le texte date de 1962 et reprend presque mot pour mot l'article 258 du protectorat de 1953. C'est une loi sur les relations sexuelles, pas sur la location elle-même, mais elle sert de justification à la quasi-totalité des vérifications faites à l'accueil.
Aucun article du Code pénal ne mentionne les hôtels, les riads ou les locations meublées. C'est une nuance que votre équipe d'accueil doit comprendre : la loi encadre un comportement, pas un contrat de location. Une conciergerie ne commet pas d'infraction en louant un bien à deux personnes ; le risque, théorique dans l'immense majorité des cas, concerne les occupants eux-mêmes en cas de flagrant délit constaté par la police.
Une réforme qui n'arrive pas
Le ministre de la Justice Abdellatif Ouahbi milite depuis plusieurs années pour abroger l'article 490 dans le cadre de la refonte du Code pénal. En avril 2026, il a lui-même douché les attentes en annonçant que ce nouveau texte ne sera probablement pas soumis au vote du Parlement durant la session en cours, une réforme que la presse marocaine a qualifiée de « mort-née ».
Conséquence directe pour votre activité : l'article 490 reste pleinement en vigueur aujourd'hui. Aucune conciergerie ne doit organiser sa politique interne en anticipant une abrogation qui n'a, à ce jour, aucun calendrier confirmé.
Les différents types de couples et leurs risques
Quatre profils reviennent dans les réservations d'une conciergerie, et la loi ne les traite pas de la même façon. C'est la nationalité et le statut marital des voyageurs, pas leur âge ni leur comportement au check-in, qui détermine le niveau de risque réel.
| Profil du couple | Réalité légale | Réalité terrain |
|---|---|---|
| Couple marié (toute nationalité) | Aucun risque, l'article 490 ne s'applique pas | Acte de mariage jamais nécessaire, une pièce d'identité suffit |
| Deux étrangers non mariés (passeports non-marocains) | Article 490 quasi jamais appliqué à des touristes | Passeport suffit, aucun certificat demandé |
| Un Marocain + un étranger, non mariés | Zone grise, l'article reste techniquement applicable | Dépend entièrement de la politique de l'hôte |
| Deux Marocains non mariés (CIN marocaine) | Article 490 pleinement applicable | Une part significative des hôtes refuse, parfois affiché dans l'annonce |
Un couple 100% étranger, marié ou non, n'a, dans les faits, jamais posé de problème documenté à une conciergerie : les poursuites au titre de l'article 490 visent des citoyens marocains et naissent de plaintes précises, pas d'un simple séjour en location meublée. Dès qu'une carte d'identité marocaine apparaît chez l'un des deux voyageurs non mariés, la prudence de nombreux hôtes augmente, à tort ou à raison.
Couples de même sexe : un cadre distinct
Un couple de même sexe relève d'un autre texte, l'article 489 du Code pénal, qui punit les relations homosexuelles de six mois à trois ans de prison, une peine plus lourde que l'article 490. Ce cadre s'applique en théorie quelle que soit la nationalité des voyageurs.
Dans la pratique, la logique reste proche de celle de l'article 490 : les poursuites documentées concernent des citoyens marocains dénoncés dans un contexte précis, pas des touristes étrangers en séjour ordinaire. Une conciergerie n'a ni l'obligation, ni les moyens légaux, de vérifier l'orientation de ses clients : ce n'est pas un critère qu'elle peut ou doit contrôler à la réservation.
Le vide juridique que peu connaissent
Voici l'information la moins connue, y compris par des conciergeries expérimentées : aucune loi marocaine n'oblige un hôtel, un riad ou un hôte Airbnb à exiger un certificat de mariage. Le ministre de la Justice l'a confirmé directement devant le Parlement, cette exigence n'existe nulle part dans le texte. C'est une pratique tacite héritée des habitudes du secteur, pas une obligation légale.
En 2024, le ministre de la Justice est allé plus loin en déclarant que demander un acte de mariage à un client viole sa vie privée, et que les établissements qui l'exigent enfreignent eux-mêmes la loi.
Concrètement, une conciergerie qui affiche « certificat de mariage obligatoire » dans son règlement intérieur applique une règle qui n'a aucune base légale, dans un sens comme dans l'autre. Elle reste libre de fixer sa propre politique d'accueil, mais ne peut pas la présenter comme une exigence imposée par la loi.
Les hôteliers pris en étau
La Fédération nationale de l'industrie hôtelière alerte régulièrement ses membres : accepter un couple non marié expose, en théorie, à des poursuites sous les articles 490 et 501, même si ces articles ne s'appliquent en réalité qu'en cas de flagrant délit constaté par la police. La fédération n'a pas obtenu de garantie écrite contraire de la part des autorités.
Une avocate marocaine résume bien la situation pour le secteur : lever l'interdiction tacite du certificat de mariage sans abroger l'article 490 fragilise en réalité les établissements, puisque cela ouvre la voie à d'autres moyens de poursuivre la même infraction sous-jacente. Une conciergerie se retrouve donc dans la même zone d'incertitude qu'un hôtel classé, sans texte qui la protège explicitement.
Ce qui se passe vraiment sur les annonces
Les témoignages d'hôtes et les annonces réelles, notamment sur le forum Airbnb Community, montrent une pratique très fragmentée, hôte par hôte, pas une règle uniforme du secteur.
- Une annonce à Marrakech précise noir sur blanc : « Pour des raisons de respect du voisinage et conformément au règlement de la résidence, je n'accepte pas les couples non mariés de nationalité marocaine ni les hommes marocains célibataires. »
- Airbnb, la plateforme, n'impose aucune règle propre sur ce sujet : chaque hôte reste seul responsable de se conformer aux lois locales, y compris l'enregistrement des voyageurs auprès de la police.
- Les couples mixtes décrivent la zone la plus inconfortable : aucune loi n'exige de certificat, mais le personnel d'accueil en réclame souvent un quand même, et peut refuser le service sans justification écrite.
- Un stratagème documenté et répandu consiste à réserver deux chambres et n'en occuper qu'une, ou à entrer séparément dans l'établissement.
Pour votre conciergerie, ces témoignages confirment une chose : le refus n'est jamais une obligation légale, c'est un choix de politique commerciale, assumé ou non, propre à chaque structure.
Ce qu'une conciergerie doit faire concrètement
Face à ce flou, l'erreur la plus fréquente est d'improviser une décision au moment du check-in, selon l'humeur de l'agent ou la pression du propriétaire. Une politique écrite, appliquée de façon identique à chaque réservation, protège à la fois votre agence et le propriétaire du bien.
- Fixer une politique claire par bien, pas par réservation. Un propriétaire peut légitimement demander une règle plus stricte pour son bien ; elle doit être connue avant la réservation, jamais découverte au check-in.
- Vérifier le règlement de copropriété de la résidence : certaines résidences imposent des restrictions propres, indépendantes de la politique de la conciergerie elle-même.
- L'écrire dans l'annonce, pas seulement à l'oral, si votre politique exclut certains profils. Un refus annoncé à l'arrivée coûte un avis négatif et une réservation perdue ; un refus annoncé dans l'annonce évite la réservation elle-même.
- Ne jamais présenter le certificat de mariage comme une obligation légale auprès d'un client : ce n'en est pas une, et l'affirmer à tort expose à une contestation, voire à un signalement.
- Continuer à remplir la fiche de police pour chaque voyageur, indépendamment du statut marital : c'est une obligation distincte, non négociable, qui ne dépend pas de cette question.
Cette rigueur documentaire rejoint des principes déjà détaillés dans notre guide sur la loi 09-08 et le traitement des données clients : une politique écrite et appliquée uniformément protège toujours mieux qu'une décision prise au cas par cas.
Checklist avant de confirmer une réservation
Pour transformer ce guide en réflexe d'équipe, voici les points à vérifier dans l'ordre, avant d'envoyer une confirmation.
- Identifier la nationalité des deux voyageurs à partir des pièces d'identité communiquées.
- Vérifier si le bien est soumis à un règlement de copropriété restrictif sur ce sujet.
- Appliquer la politique déjà écrite pour ce bien, sans l'inventer au moment de l'échange.
- Si la politique exclut certains profils, s'assurer qu'elle figure déjà dans l'annonce publiée.
- Ne jamais exiger de certificat de mariage en le présentant comme une obligation de la loi.
- Remplir la fiche de police pour l'ensemble des voyageurs, quel que soit leur statut marital.
- Former chaque nouvel agent d'accueil sur cette politique avant son premier check-in seul.
Avant d'arrêter votre propre politique, comparer comment les conciergeries déjà actives dans votre ville présentent ce sujet à leurs propriétaires reste le meilleur repère, plutôt que de partir de zéro.
Ce type de zone grise juridique fait partie des critères qu'un propriétaire sérieux évalue avant de signer avec une conciergerie : nous détaillons plus largement les questions à poser avant de confier son bien dans un article dédié.
Votre conciergerie a-t-elle une politique claire sur ce sujet ?
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Inscrire mon agence sur dar-bnbQuestions fréquentes
Un couple non marié peut-il louer un logement au Maroc ?
Oui dans l'immense majorité des cas concrets. Pour deux voyageurs étrangers, ce n'est virtuellement jamais un problème. Pour un couple marocain, l'article 490 reste techniquement applicable mais les poursuites naissent d'un flagrant délit constaté par la police, pas d'une simple réservation.
Une conciergerie est-elle obligée d'exiger un certificat de mariage ?
Non. Aucune loi marocaine n'impose cette exigence, le ministre de la Justice l'a confirmé devant le Parlement. C'est une pratique tacite propre à certains établissements, pas une obligation légale.
Que risque une conciergerie qui loue à un couple marocain non marié ?
Les articles 490 et 501 ne s'appliquent en pratique qu'en cas de flagrant délit constaté par la police, pas du simple fait d'avoir loué un bien. Le risque théorique existe, mais il n'est ni automatique ni documenté comme fréquent contre des professionnels de la location.
Un couple mixte, un Marocain et un étranger, peut-il réserver sans problème ?
C'est la zone grise la plus inconfortable : aucune loi n'exige de certificat, mais certains hôtes en réclament un quand même. Le conseil qui revient le plus souvent est de contacter l'hôte en amont ou de réserver deux chambres séparées.
L'article 490 va-t-il être abrogé bientôt ?
Non. En avril 2026, le ministre de la Justice a annoncé que le nouveau Code pénal ne serait probablement pas voté durant la session en cours, une réforme qualifiée de mort-née par la presse marocaine. L'article reste pleinement en vigueur.
Faut-il quand même remplir la fiche de police pour un couple non marié ?
Oui, systématiquement, pour chaque voyageur. C'est une obligation distincte liée à la sécurité publique, indépendante du statut marital des occupants.
Une conciergerie doit-elle se soucier du profil d'un couple de même sexe ?
Non, ce n'est ni son rôle ni une vérification possible à la réservation. Les couples de même sexe relèvent de l'article 489, distinct de l'article 490, avec une peine théoriquement plus lourde, mais la même réalité pratique : les poursuites documentées visent des citoyens marocains dans un contexte précis, pas des voyageurs en séjour ordinaire.

